Enseigner le consentement : la petite fille et le pain au chocolat

Dans cette rubrique, je partage des anecdotes du quotidien et les enseignements que l’on peut en tirer. Derrière des histoires apparemment simples, se cachent souvent des leçons précieuses et profondes, révélant des prises de conscience psychologiques, philosophiques ou spirituelles. L’objectif est d’inspirer, d’interroger ou d’éclairer la vie de tous les jours. Je n’ai pas toujours le contexte complet des situations relatées et il ne s’agit pas de juger qui que ce soit. Je partage des moments qui ont attiré mon attention, les réflexions qu’ils ont suscitées et les mécanismes identifiés, parfois enrichis par des recherches complémentaires à mes propres analyses.

En ce vendredi 26 décembre 2025, je suis à Paris, je prends le bus dans l’après-midi. Je me tiens debout, près d’un père et de sa petite fille qui a environ trois ou quatre ans. Ils sont assis côte à côte. La mère est un peu plus loin derrière eux, assise à côté d’une dame. Soudainement, la mère se retourne vers sa fille et lui dit : "Tu veux un pain au chocolat ?". Elle insiste, repose la question plusieurs fois, mais le ton n'est pas interrogatif, c'est plutôt une affirmation. La mère a déjà un pain au chocolat à la main, visiblement donné par la dame assise à côté d’elle. La petite fille n’a pas vraiment le temps de répondre. Avant même qu’elle puisse dire oui ou non, sa mère enchaîne : "Dis merci, dis merci !". L’enfant ne réagit pas. Elle reste silencieuse, comme figée, peut-être un peu perdue. Finalement, elle se retrouve avec la viennoiserie, sans avoir choisi. Son père l’aide à la manger. Elle la grignote. Je me demande si elle en avait réellement envie.


Cette scène m’a amenée à réfléchir à plusieurs aspects, que je détaille ci-après. Même si elle a été brève, elle s’est révélée riche en enseignements. Plein de choses me sont venues à l'esprit et pour clarifier et mieux comprendre ce qui a pu se jouer dans cette situation, je me suis appuyée sur des recherches et des éclairages complémentaires.
Je n’ai évidemment pas le contexte global de cet épisode, ni ce qui s’est dit avant. Il ne s’agit pas d’un jugement sur ces parents, mais de l’observation d’une situation isolée.
Pour moi, ce moment met en lumière certains mécanismes relationnels dysfonctionnels vis-à-vis d’un enfant, souvent inconscients et non intentionnels.

1. La fausse question
Une question est posée, mais la réponse n’est pas réellement attendue. C’est ce qu’on appelle une question injonctive : la forme interroge, mais le fond impose, laissant peu ou pas d’espace au choix de l’enfant.

2. Le consentement non sollicité
L’enfant n’a ni accepté ni refusé ce qui lui est donné. Le consentement corporel et relationnel de base est ainsi court-circuité.

3. Dire merci sans avoir choisi
L’enfant est invitée à remercier avant même d’avoir exprimé son accord. Ce geste devient une politesse conditionnée, déconnectée du ressenti et du choix personnel de l’enfant.
Il peut :
- brouiller l’apprentissage de l’authenticité des émotions,
- créer de la confusion ou un sentiment d’incohérence : pourquoi dire merci pour quelque chose que l’on n’a pas accepté ?

4. S’adapter avant de s’écouter
La scène peut transmettre que :
- ce que proposent les autres doit être accepté,
- l’écoute de soi passe après l’ajustement social.
C’est un apprentissage implicite de l’effacement de soi au profit des attentes extérieures.

5. L’extérieur sait mieux
La décision est prise pour l’enfant, au nom de ce qui est "bien", "correct" ou "normal". On lui transmet un modèle d’hétéronomie : se référer à l’extérieur plutôt qu’à son propre ressenti ou désir.

6. Apprentissage de la soumission douce
L’enfant s’adapte à la situation sans contrainte directe ni menace visible (pas de cris, ni de punition). Elle ne choisit pas vraiment, mais elle ne s’oppose pas non plus. Cette forme de soumission est dite douce parce qu’elle passe par l’ajustement, la conformité et le silence, non par la force. Elle est souvent socialement valorisée : l’enfant est perçue comme "sage", "polie" ou "facile", alors même que son espace de choix est réduit.

7. L’enfant comme régulateur des émotions de l’adulte
Dans cette scène, l’enfant reçoit un comportement imposé : le pain au chocolat et le "merci" avant même d’avoir dit oui ou non. La mère peut ressentir un malaise ou anticiper la gêne de la dame si l’enfant refusait le don. Pour gérer cet inconfort social, elle impose le comportement à sa fille. L’enfant devient ainsi, malgré elle, un réceptacle de la décharge émotionnelle de l’adulte, c’est-à-dire un moyen pour celui-ci de réguler ses propres émotions et son confort social, ce qui n’est pas son rôle.

8. Confusion entre donner et imposer
Ce qui est présenté comme un cadeau devient une obligation. On observe un glissement subtil entre générosité et contrainte implicite, qui peut transmettre à l’enfant que recevoir et accepter ne sont pas toujours des choix libres.

Cette scène m’a rappelé combien il est essentiel de respecter le choix et le consentement des enfants, même dans les situations les plus anodines. Permettre à un enfant de dire oui ou non et de remercier librement contribue à son autonomie, à la confiance en soi et à son équilibre relationnel. De simples interactions peuvent enseigner des choses capitales.

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